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vendredi 2 mai 2008

Durcir

loo


On prend de l’âge, on ride, pas sur la vague, juste sur la gueule, on blanchit de la capuche, le neurone frémit de panique face à la moindre nouveauté vécue sur le mode du bizarre plutôt que sur celui de la découverte, plutôt en frigide du cervelet, en frigo de la culture qu’en chauffeur d’idées, davantage en endurci du bout de mou qui pend parfois entre les jambes qu’en ramolli de la barre affolée qui cherche pour soi sans même qu’on s’en aperçoive.

Bizarre : qui s’écarte du goût, des usages reçus.

On vieillit pour s’enferrer toujours plus dans le non-bizarre. Faut du repère, faut savoir où qu’on est. Mes usages (reçus?) eux ne sont bizarres que pour l'autre, qui, soit dit en passant n'y comprend rien à rien puisque son goût est si sûr. Et moins encore lorsque ces usages ne sont pas reçus, hérités. Créer des usages ? Hérésie....

On ride, pas sur la neige, juste sur la gueule. Et dedans, au croisement du cervelet et de l’œil, là aussi on ride et cela se perçoit parfois plus violemment. Le poil blanchit comme il s’essaime, comme s’éclaircit aussi la vue et la vérité crue, celle du croyant, pas celle de celui qui la voit nue se déhanchant comme une belle salope autour de son mât d’aluminium, inaccessible et vulgaire comme un mensonge mal formulé qu'il faut payer pour qu'il dure encore un peu.

Mais il faut être dur, c’est rassurant, dur comme l’assise d’un canapé bourgeois avide de ces chaires molles jusque dans les entrelacs d’un cerveau qui aurait plus d’affinités avec le baba au rhum qu’avec la fulgurance des éclairs électriques qu’on y trouve naturellement. Une étincelle par-ci, par-là, à étouffer promptement, donne l'avant-goût de la rigidité pré-cadavérique, de la dureté post-mortem, physique celle-là. A fuir...

Dur de partout : la mort. Et parallèlement la fin de l’idée, jamais plus molle qu'en cet instant, évanescente à l’extrême, fumeuse comme jamais, inexistante. C'est le néant. Dureté ?

Durcir, c’est bien au contraire s’affiner, c’est se préciser en conscience, c’est vomir ce qui pourrait s’accoquiner avec le (bon) goût, c’est élever au rang d’art le dégoût de la mollesse, l'autre nom de la rigidité et de la courte vue, c’est chercher les angles -de tir-, c’est se rendre prêt à décocher ses vues aux faces ramollies des réfrigérants du ciboulot. Durcir, c’est décocher à sa propre face les flèches revitalisantes du refus de l’enfermement si démocratique de la masse informe de ceux qui ont raison.

Durcir, serait-ce la traduction d’un certain courage, celui de tenir la barre du navire de la vie en proie aux tempêtes et aux colères de ceux qui ne s’écartent pas du goût ? Durcir, serait-ce cette façon si particulière de tenir à sa bizarrerie ? Car il est vrai que maintenir le cap d’une différence est un combat qui demande d’être dur avec soi et avec les autres, cela parce que le mou est une force dont la puissance a souvent été sous-estimée.


Loo

mardi 29 mai 2007

La journée de la fête

Journée sans tabac, journée de la courtoisie au volant, journée de la femme, journée sans voiture, journée de solidarité, journée de dépistage du cancer de la peau, journée du patrimoine et même, journée de la santé du pied, journée de la francophonie, il y a même la journée mondiale du soleil. Et puis, les fêtes, celle de la bière, des mères, fête de l’humanité, fête de la morue, fête de la nature, fête des lumières, des mère-grands, fête de la musique, des pères, fête de la science, fête des voisins… On ne s’en sort plus. À quand la fête mondiale des sardines en boîte, à quand la journée internationale des utilisateurs de chiottes à la turque, à quand la journée de ceux qui la porte à droite dans un caleçon de gaucher, la fête du chasseur, des paires de couilles, la journée du sanglier, des ovaires, la fête de la brosse à dents, la journée des grabataires, la fête des p’tits n’enfants, la journée mondiale de l’allaitement au sein, la fête des fétichistes du mamelon, la journée sans relation charnelle, la fête du triolisme, la fête des gens contents, la journée des déçus de la vie, la nuit des mort-vivants, la fête des catholiques de confession musulmane, la journée de la voix d’opéra, la fête de la femme de ménage, la journée universelle contre la mort, la fête de la vie, le jour des saint (zut ça c’est bon) ? Et ainsi de suite.

Le ridicule ne tue pas, il n’y a là-dessus aucun doute à avoir. Ça ressemble à ces trucs dont on a découvert l’efficacité et le succès une fois et une seule et qu’on ressort à toutes les sauces sur des thèmes aussi variés que contradictoires.. Parce que ça marche, ça endort, ça rassure. Ça crée du nouveau, de la solidarité, de la fraternité, du politique, du lien social. Comme une blague foireuse.…

Cela ne comble, en vérité, que du vide. Et encore, même pas celui dont le peuple serait la victime inconsciente. Il choisit en réalité bien plus que ne le disent nos chefs. Ce vide est plutôt celui d’une poignée d’hommes d’élite en manque d’idées proprement politiques et dont l’intérêt bien senti a bien compris l’utilité de remplir le temps des peuples de tout prétexte à faire la fête ou à se « mobiliser » pour telle ou telle cause de bon aloi festif ou moral ou les deux. L’on finit par y croire à force d’enfoncer le clou. D’ailleurs, à ce rythme, il faudra bien une fête des journées ou une journée de la fête. Ça deviendrait vite orgiaque sans limitations thématiques… Il faut un thème. Ça « formalise ». Alors, évidemment, il faudra préférer des thématiques politiquement correctes. On imagine mal une journée internationale de l’anarchie. C’est d’ailleurs malheureux, car étant donnée l’efficacité de ces événements organisés à profusion et encouragés par la puissance publique, il ne fait pas de doute qu’une telle journée signerait à peu de chose près la mort de l’Anarchie politique. La musique pâtit à n’en pas douter de cette merveilleuse invention de Jack Lang. DJ guinguette, musique de bastringue, guitare de feu de camp et top cinquante se tirent la bourre pour le plus grand « bien » de l’art du son. Il y a du contrôle social dans ces artificielles communions rendues indispensables par les puissances médiatiques et les faiblesses humaines.

Ce soir, c’est la fête aux voisins. Préparation des meilleures blagues… Foireuses. Faut bien s’adapter pour se faire apprécier, en viennent à croire les croyants des fêtes et journées foireuses. Contrôle et auto-contrôle sont des mots qui vont si bien ensemble.

Loo

jeudi 24 mai 2007

Sans espoir de retour…


"Vide" photo Djü


Assez soudainement le mot « donner » est réapparu dans d’autres bouches que celles habituées de présentateurs croulants ou de stars vieillissantes en recherche d’existence ou simplement en promotion. Oui on a entendu parler de donner, et plusieurs fois, en politique la chose est assez rare pour qu’elle soit notée. Mais « donnant-donnant », ça n’est pas pareil que donner tout court. Donnant-donnant, c’est comme cela que l’on dresse les bêtes. Est-ce donc la nouvelle façon dont nous nous considérons et par la même dont nous sommes considérés. Parce que nous quantifions le don comme dans un bon dressage, en bonne et due forme, et de manière pragmatique il ne faudra pas chercher d’amour chez la bête dressée mais bien l’attachement sincère et égoïste à du quantifiable. Le donneur-receveur se contente lui de l’inquantifiable idée de l’attachement sincère, néanmoins obtenue par de quantifiables carottes. Voici donc la proposition moderne du don. On donne des sous, des médicaments, de l’amour, loin parfois de savoir si l’on donne au bon endroit, peu importe puisque l’important est de recevoir en retour. Donnant-donnant. On donne de tout, c’est que c’est la logique consumériste, mais surtout peu de soi, et quand on donne un peu plus c’est qu’en réalité il s’agit de prendre.

Cette proposition est pourtant peu séduisante si l’on considère que la valeur du don se justifie justement par son désintéressement. Cependant le libéralisme forcené individualise et justifie le calcul quand bien même il mène à un esclavage. Donner librement c’est ne pas espérer de retour. Manquer à soi même c’est ne pas avoir d’espoir de retour. Manquer à soi même c’est se faire dépouiller de ses actes, de son Fatum. Donnant-donnant sans espoir de retour …

Djü

mercredi 28 mars 2007

Vent de fortune !

"A way" Loo


Et chacun d’entre nous comprend qu’il n’est pas facile de faire contre mauvaise fortune bon cœur, car il est une chose qui n’a pas évolué-et pourtant nous dit-on, la civilisation a grandi- c’est qu’un riche ne souhaite toujours pas être pauvre. Non, il ouvre grand son clapet pour te dire te taire, ou t’expliquer par l’arithmétique irréversible que l’on n’échappe pas à la compétition. Bonne fortune, sois compétition, deviens le requin ou le loup ou meurs brebis.

Et chacun d’entre nous comprend qu’entre les corps, dans les interstices des esprits ça n’est pas ce concept d’amour qui s’exprime. Un corps en vaut bien un autre, un être en vaut bien un autre. Le tout remplaçable et jetable. La quête consumériste de bonheur ne se soucie pas de l’injustice. Quelle fortune !

Et chacun d’entre nous comprend vite qu’il est libre, vertueux et insane, dans une nature qui est toujours dualité. La démocratie te dit du coup de te taire au nom de la fortune, au nom de la chance donnée, de par la connaissance du pire, en te serinant des phrases toutes faites pour te faire croire à ta puissance : « Il n’y a pas de hasard » ; « Quand on veut, on peut » ; « Tu décides de ce que tu fais de ta vie »…

Imagine seulement le pire, tu aurais pu naître esclave, noir, femme, arabe, nain, affamé, laid mais il n’est pas proscrit de naître idiot. On a pas nécessairement besoin de réfléchir pour être heureux. Encore cette phrase toute faite. Tais toi et avance sans te poser de question sur le chemin à suivre. Il est bien prouvé que dans nos sociétés si évoluées, cette « meilleure façon de marcher » n’engendre que fortune. Avez vous seulement vu des gens malheureux de tout avoir ? Non cela suffit au bonheur, c’est évident. Et tu ne contrediras aucune raison matérielle, premier commandement, le mot est matériel est à bannir, d’un coup de pompe il n’existe plus.

Tu ne réaliseras pas ton fatum, ni acte, ni avenir. Tu ne contrediras pas, comme tout le monde, car tu es comme tout le monde. Ignore la dualité de ta nature, ignore la dualité qui inspire toute vérité humaine.

Ou à l’inverse ose le duel, ose l’autre fortune, non prédestinée, non établie, hors des diktats, hors de la chance. Le duel est le Fatum, la contradiction est le Fatum, la quête de sens.


Djü

lundi 26 mars 2007

Artiste à vendre...

"Meat" Loo


Indépendance et autonomie avérées de la création artistique ? Vaste question…

Ces éléments vont de l’impératif matériel et financier, qui pèsent sur toute structure culturelle à la tendance politique, pas systématique il est vrai, d’utiliser la culture à des fins de communication plutôt qu’à celles visant à émanciper les « consommateurs » (les cons !) et à l’élévation des esprits « français », en attendant mieux.

Momentanément, il est question de drapeaux tricolore, de bas instincts flattés en douceur. On serait ici plus proches de poils de culs frôlés à bout de lèvres, pour ce frisson réservé à quelques effarouchées mais flattées vierges, que d’une enculade franche à la Le Pen.)
Ségo, tu es douce (douce comme la franchise du Le Pen)…Et en cela à vomir. Fascisation des esprits…

Par ailleurs, ce sont aussi les pressions s’exerçant sur les artistes qui sont également intéressantes, car ces pressions, si elles existent (et elles existent), ne peuvent qu’orienter plus ou moins les choix esthétiques qui sont les leurs (encore des sub-putes !? Cf. le post sur Baudrillard). En d’autres termes, la seule question qui vaille : les artistes sont-ils libres ?

Et la question n’est pas exempte de difficultés ? Faut-il prendre en compte l’élément psychosociologique à la Bourdieu ou alors ne s’en tenir qu’aux faits économiques, politiques ou aux statistiques pour définir la création, considérer la profusion des œuvres, définir l’œuvre comme ce qui n’existe que dans son rapport au public ?

Ce questionnement sur la relation de l’institution culturelle à la création artistique ne peut en réalité que se centrer -en l’utilisant comme pivot- sur la notion d’"Autorité". Et cette « autorité » venant, étymologiquement, du haut (hiérarchie) devrait s’abattre sur l’artiste ( ?), alors limité dans son action par des pouvoirs publics le sommant de s’exécuter en suivant les décisions et les choix artistiques initiés au plus haut niveau.

Malraux, Lang et leurs potes...

Or, l’on peut s’attarder, entre autres, sur la réflexion sur l’autorité d’Hannah Arendt. Elle développe dans la Crise de la Culture, qu’il est apparu rapidement que l’autorité n’était pas forcément du côté où on l’attendait. Outre le fait que l’autorité soit en « recul », malgré les efforts de notre Sarkodingue, et que la sphère politique soit l’une des premières à en pâtir, il faut rappeler, précise-t-elle, que le concept est à distinguer de l’autoritarisme. Car si l’autorité permet l’exercice d’un pouvoir coercitif, c’est toujours accompagné d’une légitimité. Le politique, en ce sens, n’est légitime que pour autant qu’il dispose de cette autorité légitimante. La notion n’est en rien anti-démocratique dès lors qu’elle se comprend comme ce qui transcende l’Etat et lui permet, réellement, d’agir.

Or, cette crise de l’autorité dont il est souvent question pourrait faire penser que l’Etat cherche à asseoir son autorité, PERDUE, et donc sa légitimité, par autre chose. Cela peut se faire par la force, sauf qu’on est plus en démocratie. Ce peut être également par d’autres subterfuges dont la manipulation de l’opinion pourrait être un exemple. Et les méthodes sont variées et quelque peu machiavielienne.

L’une d’elles est éminemment intéressante : elle s’actualiserait par le biais de la respectabilité qu’octroie la culture, aujourd’hui présente partout, jusque dans des tourismes pas très scrupuleux et respectueux de la chose artistique.

Manipulation ? Voici donc l’artiste au centre de stratégies qui, dans son activité créatrice, est tenu, pour se faire une place dans l’institution, d’éviter de se montrer trop subversif ou trop critique ou trop éloigné des réalismes, du principe de réalité, des instances, du goût du peuple, en somme, du pouvoir. Art et pouvoir.

La culture et l'art se déplacent alors du côté de l’ordre

Devant ce pouvoir de la culture et de son ministère, cette dernière est happée dans l'obligation nouvelle de faire « tenir debout » (stare=l’Etat), en ordre, une société en perte, paraît-il, de repères.

La création artistique se trouve en demeure de répondre au cahier des charges de la fabrication du lien social. Mais est-ce là le rôle du créateur ? Car si la création artistique accepte de ne créer que ce qui se range dans les cadres définis d’un certain réalisme politique et social (qui permet et autorise de rêver d’un certaine manière, et pas d’une autre, à travers les « illusions » offertes par l’art), elle oublie que comme création, elle est créatrice de mondes et de réalités à venir (pas forcément à réaliser) dont le propre se définit dans l’émancipation et dans le refus de tout modèles imposés. Eloge « deuleuzien » et surtout fatum (iste) des arts-libres et libérés…

Car, en effet, la politique culturelle est aussi une politique, et à ce titre, elle est pragmatique et souvent merdique. La création qui s’y plie se vide alors de son souffle vital. Elle perd sa capacité de résistance, et, allons-y, de résistance à la mort.

Le politique n’est pas seul responsable, tant la tendance globale est celle de l’intégration aux biens de consommation des biens de consommation culturels. L’exception que constitue ces biens culturels n’est peut-être plus aussi perceptible qu’à d’autre époques… et leur récupération publicitaire ou markéting ou de "contrôle" ne font qu’accélérer ce processus, dans lequel les créateurs sont, en tant qu’êtres sociaux, politiques et, surtout, comme créateurs de mondes à six sous, officiels, des collaborateurs, absolument absorbés et réduits au lèche-bottisme légitimateur et légitimant de financeurs.

Quand la création devient politiquement correcte et syndicalisée… Et d'autant moins combative. Nouveau courant : "l’Art-Mou" vive !

Quel est l’avenir de la création dans ces conditions ?

On parle depuis de nombreuses années de décentralisation culturelle. L’investissement des collectivités en la matière surpasse celui de l’État et l’on pourrait espérer que le recul du ministère dans l’ingérence culturelle puisse être positif pour la liberté de la création. Et pourtant…

La proximité plus grande des élus et des projets culturels dans la ville accroît l’interdépendance des impératifs électoraux et des choix esthétiques. Le créateur a besoin de moyens dont l’octroi subventionnaire par les pouvoirs locaux n’est jamais sans parti pris. Il s’agit bien d’un totalitarisme, discret, de proximité !

Par ailleurs, l’instrumentalisation culturelle, du fait de ces rapprochements hasardeux pourrait être plus grande encore. La culture-vitrine d’un programme électoral ou d’un élu est toujours espérée parce que cela est une légitimation d’idées subvertie par les promesses de subventions. Et le phénomène de médiatisation, pas très neuf, ne fait qu’accroître cette tendance.

À cela il faut ajouter la complexité technique (de cette technocratie culturelle) qui permet à un projet de voir le jour. L’action artistique et culturelle n’en sort pas grandie dans la mesure où il sera plus facile de choisir des événements dont on est sûr qu’ils aboutiront.

Moins de risque et plus de « cirque » donnent vie à la sécurité et au confort des artistes et du public, c'est-à-dire, dans la contradiction la plus dialectique qui soit, aux logiques les plus mortifères. Et les plus débilitantes.

Voilà le tourisme pointant sa grosse queue.

Et c’est là-dessus qu’il faut terminer. Avec Tocqueville, loin d’être l’intellectuel le plus révolutionnaire, il ajoute, le bonhomme, ce point d’interrogation, sur ce qu’il appelle le « despotisme doux ». Il décrit, tout simplement et parfaitement, le monde dans lequel nous sommes (cf. références plus bas).

Après qu'il ait décrit le nouveau « Léviathan » des temps modernes (pouvoir immense et tutélaire qui bouffe l’esprit critique du quidam et qui vide l'art de sa substance) qui veille paternellement sur chacun, on ne peut s’empêcher de penser au type de société qui se construit ici et ailleurs [1].

Ce passage montre simplement vers quoi peut aboutir la « crise de l’autorité », à savoir la légitimation citoyenne, autorité conçue comme fonds commun, garante de la liberté et notamment de la liberté créatrice. Voilà le glissement vers un autoritarisme qui ne dit pas son nom, qui ne se voit pas, mais qui, à travers la toute puissance du « loisir » et de son extension à l’appréhension de la création artistique bride jusqu’à la créativité et sa capacité à résister. Et cela est d’autant plus vrai lorsque la « résistance » ne se trouve pas ou plus d’objet.

Loo


[1] Cf. Tocqueville, De la démocratie en Amérique (TII, Quatrième partie, p. 385, Garnier-Flammarion).

mercredi 21 mars 2007

Poids lourds et Propagande

Photo de Lud
Titre: "Truck"






Un peu de poésie...
Fatum
ne résiste pas à rendre compte de la publication de ce décret spéciale "propagande présidentielle" au JO.



J.O n° 67 du 20 mars 2007 page 5076

texte n° 4
"Décrets, arrêtés, circulaires
Textes généraux
Ministère de l'intérieur et de l'aménagement du territoire

Arrêté du 12 mars 2007 portant dérogation à l'interdiction de circulation des poids lourds en fin de semaine dans le cadre de l'élection présidentielle et des élections législatives

NOR: INTD0700224A


Le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, et le ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer,

Vu le code de la route, et notamment l'article R. 411-18 ;

Vu l'arrêté du 28 mars 2006 relatif à l'interdiction de circulation des véhicules de transport de marchandises à certaines périodes, notamment l'article 1er ;

Considérant la nécessité de garantir, dans le cadre de l'organisation matérielle du premier et du second tour des élections présidentielle et législatives se tenant en 2007, l'acheminement aux électeurs de la propagande des candidats avant la tenue de ces opérations électorales.

Arrêtent :

Article 1

L'interdiction, en application du deuxième alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 28 mars 2006 susvisé, pour les véhicules ou ensembles de véhicules de plus de 7,5 tonnes de poids total autorisé en charge affectés au transport routier de marchandises de circuler les samedis et veilles de jours fériés à partir de 22 heures jusqu'à 22 heures les dimanches et jours fériés est levée pour les poids lourds assurant l'acheminement de la propagande des candidats à l'élection présidentielle et aux élections législatives, aux dates suivantes :

- pour l'élection présidentielle, les samedi 7 avril, dimanche 8 avril, lundi 9 avril, samedi 28 avril et dimanche 29 avril 2007 ;

- pour l'élection législative, les mardi 1er mai, samedi 26 mai et dimanche 27 mai 2007.

Article 2

Le directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, le directeur de la sécurité et de la circulation routières au ministère des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Paris, le 12 mars 2007."


Que de poésie, s'il en est...

"Propagande", "citoyen", "libertés publiques", "ministère de l'intérieur", "sécurité", tout cela dans le même décret!!! La classe...


jeudi 8 mars 2007

De la propreté ou de la crasse?

"Pure" by Tibarama



Et l’on tombe, toujours et encore, en une chute interminable et non exempte d’obstacles ! Ainsi fatum s’est-il fracassé le museau sur un article aride dont la source n'est autre que notre très respectable Libération. Plutôt que d’article il faudrait parler de chronique puisque la chose, classée sous la rubrique « Vous », un rien racoleuse n’est pas signée. Ce « vous » un tantinet léger se propose, le 7 mars 2007 de nous entretenir de notre rapport (de « Nous-même » enfin!) à la propreté et à la crasse. Le machin s’intitule « D’une propreté crasse » (par ici les cocos) et nous fait le récit, exemples et spécialiste à l’appui, de la haute teneur culturelle du « propre » et du « crado ».

Pas la peine de s’attarder sur l’article. Seul comptera ici l’analyse qu’en fait une certaine Federica Tamarozzi et, à sa décharge, du moins vaut-il mieux le croire, de la tambouille qu’en fait le journaliste sans nom qui, faute de temps, aura torché sa misère sur le coin d’un écran informatique poussiéreux dont le cadre jauni supporte les dizaines de post-it destinés à rappeler les urgences et idées urgentes à ne pas oublier.

Néanmoins, notre spécialiste, Federica de son petit nom, est présentée comme ethnologue par notre gentillet journaleux, et l’on se risquera si peu à lui ajouter quelque compétence en sociologie qu’il serait dommage de s’en abstenir. Ainsi, Féderica la douce est ethnologue... ET sociologue. Voilà qui commence bien. Y a la machine encéphalique qui se met en branle, qui salive devant un plat d’idées qui s’annonce savoureux, on se met en situation, histoire de faire durer le plaisir et le suspens, un petit cédé de Paula West donnant l’ambiance, et l’avant-avant-avant-avant-avant-avant-avant-avant(….), l’anté-anté(….)-pénultième cigarette se consumant déjà en un plaisir râleur mêlé d’une lascivité sourde dénuée par ailleurs de toute concupiscence : le sujet est sérieux ! M’enfin, pour la défense du fatum, Federica nous en promet des kilos, de ce bonheur en barre si cher à nos yeux.

Mais avant de poursuivre, il faut s’arrêter un instant sur notre déjà très chère Federica. Outre le fait qu’elle nous soit présentée comme ethnologue au musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, une petite recherche (toute petite, car notre sujet n’est pas la douce Federica mais bien la crassitude évaluée au regard de la propritude) nous propose en première occurrence du Gogole en chef (le bien nommé Google) un très sérieux travail sur les Miss intitulé : Les Miss, construction de l’identité féminine. L’étude prend comme cadre l’élection de Miss Italie dans la ville de Salsomaggiore, joli petit coin ne serait-ce que pour sa pittoresque consonance. Nous ne nous attarderons ni sur les objectifs et questions de la belle et de son acolyte (elles s’y sont mises à deux), ni sur la description et la méthodologie du matos en question pour ne retenir de cette publication de haute volée que les résultats dont vous est livrée ici intégralement la note des deux miss :

« Les jeunes candidates sont considérées comme des ambassadrices de la beauté et plus encore d’un modèle de la femme jeune et saine. La Miss est, elle, placée entre la sainte et la putain, entre la jeune fille « pure » et « moderne » car elle incarne son époque, une époque où la consommation apparaît centrale. C’est ainsi que tout au long du concours, elles se font mannequin promouvant des marques, certains diront « marchandises ». Ce n’est qu’après la passation, à la fin de ce parcours, lorsque la Miss aura cédé son rôle à une autre jeune femme, qu’elle choisira plus librement son destin professionnel et familial. C’est aussi le moment où elle se dénudera plus franchement. Le corps de la Miss qui franchit à la fois les seuils de l’intime et du public, du caché et du montré, du pudique et de l’érotique est un bon exemple pour creuser la question de la construction paradoxale et extrême des figures féminines. Cette construction de la féminité apparaît dans un jeu de tensions, dans le franchissement de seuils, qui nous font dire du corps de la Miss, qu’il est bien un corps extrême, extrême dans les mises en scènes qui lui sont imposés, extrême car il propose et pose les limites des représentations féminines. Les élections de Miss favorisent donc l’apprentissage de ces ambiguïtés, la formalisation d’une norme d’exception.
Les élections de Miss sont également de bons exemples pour cerner les mécanismes d’évaluation de la beauté et les critères qui la formalisent. La mesure physique n’est pas suffisante pour distinguer une lauréate. Le jury fait son expertise en tenant compte à la fois de normes rigoureuses et d’impressions personnelles, mêlant mesurable et non-mesurable, objectivité et subjectivité. »

Voilà qui s’avère croustillant à souhait !

Sauf que les Miss et leurs mises en scène, à défaut de représenter l’extrème de la féminité ou du corps féminin, représentent d’abord et avant tout le cirque de ce que l’on pourrait appeler –sans mépris- la norme de la beauté « sous-prolétarienne ». La miss et son élection ont plus à voir avec les défilés de supermarché qu’avec ceux de son extrême pendant, ceux de la haute couture et de son élite. Une sous-culture de l’officiel culte du beau corps et de la norme véritable des corps de la Mode.

Les miss, c’est charmant, c’est désuet, c’est kitch, c’est assez beauf. Les miss, c’est saucisses-merguez, familles au complet, Riri Fifi et Loulou, sono saturée, costumes lamés et paillettes à gogo, c’est princesses en toc, jurys de croulants libidineux, musique de merde et scénographies de salles des fêtes. On peut espérer que l’extrême de la féminité ne se trouve ni ici, ni de l’autre côté, celui de la Mode, mode dont on peut dire qu'elle est, comme monde, à peu près aussi décérébrée que celui des miss, mais du côté des riches, des stars et des puissants, un extrême branché, cultivé, créatif, d’avant-garde, underground, borderline, camé et anorexique à en croire nos respectables médias.

Mais l’élection de la miss est un rituel de passage !!! Soit.

Notre bien aimable Federica est maintenant présentée. Et en ethnologue confirmée, nous comptons sur ses subtilités pour nous trouver du rituel de passage au travers du fil tendu entre la propreté et la saleté :

« La propreté, nous dit la belle, est un concept relatif que chacun compose différement selon les situations et les individus croisés, un peu comme une danse ».

Comme la danse… Comme La musique ? la cuisine ? La sexualité ? L’art ? L’animal ? Les mœurs ? La beauté ? Non, la danse. LA DANSE! Dans quel rapport au monde, dans quelle relation à sa chair ? La danse comme rapport à soi et à l’autre ? Ah d’accord… Ok, ok, la danse comme expressivité du corps et tout et tout. Mais c'est bien sûr. Elle assure la petite!

Un peu plus loin, il est dit que la propreté est affaire d’éducation, de culture familiale, d’impératifs sociétaux, il est dit que la propreté est affaire de perspective (un cheveux sur la tête est plus propre que sur le carrelage d’une salle de bain). Et tout le tintouin. D’accord, ok, ok.

Enfin, l’argument-choc qu’introduit le journaleux sur le malade qui, c’est bien connu, pue la charogne: le malade n’a d’autre ambition, une fois rétabli, que de se faire une séance de spa pool, épilation du maillot et/ou du menton et gommage du corps. Certes. Et notre bonne Federica d’ajouter : « ne pas respecter les règles d’hygiène, c’est se mettre en marge, comme les SDF ou les dépressifs qui se laissent aller ».

Elle a la classe la Federica. Elle est trop forte ! On comprend que Libé n’ait pu faire autrement pour éclairer ce sujet que de faire appel à la belle. Et dire que nous restions persuadé, il est vrai que les idées reçues ont la vie dure, que les SDF rencontraient des difficultés, entre autres pour les questions d’hygiène, pour la raison qu’ils étaient, qu’ils sont des sans-toit. Dire que nous nous sommes bercés de tant d’illusions sur le fait qu’ils ne dansaient pas ou mal, les bougres, pour la raison qu’ils se trouvaient lourds de leur crasse alors qu'il leur suffisait de se laver dans les fontaines, dans les chiottes de cafés, dans les gares ou dans des centres sociaux miteux, sous la pluie (en plus c'est très romantique), dans les caniveaux, les fleuves. Les possibilités ne manquent pas!

Dire que tous les crados, les puants-suants-dégoulinants qui parfois étaient nos professeurs, nos voisins, nos proches, n’étaient en tout état de cause que des dépressifs ! Nous aurions souhaité les voir danser. Ils en auraient été bien incapables. Une danse d’éclopés tout au plus.

Il est vrai que nos mythes nous donnent à voir les méchants en crados et nos héros en proprets. Mais il serait peut-être intéressant d’en connaître la Généalogie qui, pour le coup, est certainement baignée de morale. La miss, dans sa pureté virginale à la limite de la débilité, est propre, sans aucun doute. Le pape quant à lui est immaculé! A l'opposé, le marginal, l’asocial, l’impur, et le diable sont "crado", dussent-il se laver trois fois par jour et se parfumer de Chanel 5.

A bon entendeur, gare à vos fesses les dégueux...

Merci Federica, merci Libé !


Loo.

mardi 27 février 2007

my fatum is dream... and my president is a dream!

"Sheep fatum" by Loo



F
ace à la déferlante des candidats on se retrouve confronté à ce dilemme de taille. Ils se succèdent les uns les autres et reviennent dans l’ordre, le désordre, le même ordre, le même désordre ou dans des inversions qui s’apparentent à des temps équitables de parole. Et puis les consommateurs que nous sommes, le dos calé histoire de n’avoir affaire qu’aux courbatures neuronales ou maxillaires en fin d’émission, mettons en branle toutes les énergies dont nous disposons pour que sorte du lot la machine de guerre que nous appelons de nos vœux. Celle du sens, celle du rêve, d’utopies que le politique, peut-être, serait à même de mettre en œuvre.

Alors, on se découvre patient, compréhensif, compatissant parfois. On est là, devant sa télévision, courtois et modéré, on s’est préparé, on est de sortie, raisonnable à la limite de la bêtise, on écoute, on attend, on se surprend à concéder telle ou telle vérité sur telle ou telle concrêtude : la dette, la situation internationale, les 35 heures, l’augmentation et/ou la baisse des cotisations, la banlieue, la hausse du pouvoir d’achat.

On s’est pris à rêver de destinées nouvelles et de richesses à venir, de mieux être collectif et individuel. En sachant peu ou prou, naïvement, que le goût de la discussion à laquelle notre désir et notre esprit participent se fait plus amer à mesure qu’elle se développe. Car elle ne se développe pas. Cette discussion est régie par la logique de la répétition. Dire la même chose et la répéter indéfiniment : il faut que ça rentre et la musique lancinante et répétitive de nos pros de la com nou y aide. Ce qui compte, c'est le rythme. Pas trop rapide(il faut pouvoir suivre), pas trop lent (sinon la zapette démange). Et ça finit par anesthésier les quelques neurones qui restaient encore en activité. Alors vient cette pensée aplanie, raisonnable par défaut, à défaut de mieux, sans colère, sans passion, cette adhésion -au sens d'adhésif- sans pensée.

Mais on rêve, on rêve encore un peu. De moins en moins, mais la flamme tient encore. De justice, d’humanité certainement, de solidarité aussi, de la fin des idéologies chosifiantes et mues par l’inique et structurant concept de "profit" autour duquel se cristallisent la presque totalité des discours de nos représentants. Que nous suivons en bonne marche... transhumance de troupeau.

Alors nous rêvons, nous rêvons…

Loo.