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mardi 27 mai 2008

Petits chefs

Il nous faudra travailler très fort nos frustrations existentielles. Il ne faudra surtout pas se forcer à développer la profondeur, ne surtout pas se forcer tout court, se laisser aller à la belle nature, mais surtout pas celle qui aurait trait à quelque paresseux épicurisme. Car « l’homme est ainsi fait ». Un yack sous le frac, un requin sous le saint-frusquin, une queue dans le froc, une bête sous la jaquette, l’homme est ainsi fait. Incapable par nature de dépasser une nature d’abord animale. Pourquoi chercher à faire surgir quelque humanité des bas-fonds de la nature de bestioles qui, elles, s’assument pleinement. Agressivité orientée vers quelque utilité vitale, respect des hiérarchies, amour des forts et des gicleurs d’essuie-glaces, sans doute la nature comprend tout et crée les valeurs. Dans ces conditions, il faut le dire et prévenir les naïfs, les places sont chères. Le chétif devra aimer sa condition -ses frustrations- et le chef n’aura d’autre choix que d’exprimer sa puissance –sa condition- pour le bien de la communauté qui le lui rendra. C’est naturel, c’est « humain », c’est comme ça ma bonne dame ! L’espoir est offert à tous de pouvoir échapper à la condition du chétif pour devenir au pire le chef du chétif, au mieux le maître du monde. Mais on peut aussi ne pas envier la place des petits chefs et des maîtres éructant leurs frustrations pour exprimer leur force, non pas parce que leur nature les y obligerait, mais plutôt parce que ces frustrations sont toujours aussi l’expression d’un trop plein de vide de soi dont le résultat est bien plus violent que fort.



Loo

mercredi 3 octobre 2007

Baisé !

"sans titre" by Loo



Il n’y a bien que la religion catholique -et toutes les autres sous-pensées religieuses- pour avoir béni le terrain sur lequel le verbe « baiser » prend un sens si mensonger : « je l’ai bien baisé, il s’est fait niqué (baisé, veux-je dire), l’est bonne qu’à baiser »… Car, le salaud si connu des évangiles, n’a-t-il pas donné ce baiser à Jésus que pour mieux le trahir (niquer, veux-je dire) ? Ce sens si particulier qui le rend, ce mot, toujours scabreux, souvent tabou, la mythologie déiste s’est chargée de nous le léguer. On s’embrasse, on ne se baise pas. On fait l’amour avant de s’imaginer que l’on baise, et si tel était le cas, c’est en chiens, en sauvages, que nous le ferions. Dès lors qu’on baise, et il suffit parfois de le proférer avant même que le "dire" ne se fasse "faire" (oula!), voire de le susurrer à l'oreille d'une vieille bourgeoise que l'on considère sous l'angle de ses températures -des chaleurs qui atteignent, selon les spécialistes, celles de la fusion de l'acier-, et les moustaches frémissent, les poils pubiens, s'ils sont laissés libres de proliférer selon leur nature, frétillant à l’idée qu’il se joue là quelque chose dans le monde bien cadré de « l’interdit ».

C’est pourtant si beau de se baiser… De se donner à l’autre du bout des lèvres ou, parfois, entre deux portes, en ascenseur (le cliché tu pardonneras), dans une enfilade de couloirs menant à la cave d'une tour de trente étages, au fin fond d'une campagne irlandaise baignée par le soleil glacial d'une après-midi d'été, sur le promontoire du monde (vers les 8000), dans les chiottes d'un gros porteur, dans la paille (pour les papy-boomers), sexes à cran, chairs avides, presque à vif, à l’interstice de ce qui sépare l’Homme de la Bête, le breton du porc, le champardennais de la bécasse (une grosse salope celle-là), le savoyard du bouquetin, le marseillais de la rascasse, le parisien du clébard, de ce qui sépare l'Animal de l'Homme, la Raison de son Pendant naturel débridé (pendant qui n'est pas mou).

C’est bon et c’est beau la baise. C’est un acte qui, au fond, est si loin des activités du traitre Judas (dont l'étymologie profonde correspond à la confession, à la célébration !), qu’il faudrait ne jamais devoir s’en priver ou avoir à en faire le deuil. Au contraire, tout juste le célébrer. Celles et ceux qu’on baise en sont, ainsi, honorés. La difficulté principale réside donc dans notre accord jamais donné à nous laisser baiser, à nous baiser les uns les autres, alors que nous serions évidemment prompts à le faire sans jamais supposer que l’acte en question n’a de sens qu’à deux, de manière bi-unilatérale ou bi-univoque.

Le baiseur du XXIè siècle est aussi vénal que le Judas de la bible et, en ce sens, bien seul en son acte.

Mais, en réalité, personne ne se fait baiser… Ou, plutôt, nous mettons-nous volontairement dans la position qui le permet. Autrement dit, Jésus voulait bien se faire éclater le fion par Judas ! Finalement, c’est bien ce dernier qui dut faire, après ce baiser de traitre, l’expérience d’un niquage en règle (suicidé ou rompu au sens propre, les tripes à l'air, par le travail des champs selon les versions). Baisera bien qui baisera le dernier.

Celle ou celui qu’on baise, on ne peux le baiser réellement que si l'on est déjà baisé jusqu'à l'os. Une forme de don par excellence, bestial heureusement, qui ne se pense pas autrement qu’un don unilatéral-solidaire, réciproque-individuel et dépassé par toute forme de calcul. On baise l’autre pour soi-même, et l’on est baisé par autrui que pour autant qu'on le veuille. Cela vaut pour l'autre.

Jésus, un grand coquin qui connaissait le sens du mot "baiser" !

Loo

samedi 26 mai 2007

Kultur marchande

"Kultur & dog" by Loo


Ainsi Don don don, les petites… Drôle de bordel dans lequel nous voilà rendu. Le don, la donation, le don du don, la re-don-dance… Il fut question du don fétichisé se résumant à une forme d’aliénation pour le donateur et pour le destinataire du don. Il fut question du don vénéré, adoré par celui qui donne et par celui qui ne donne rien, comme le croyant et l’athée aiment leur icône, il est question, encore une fois, de la fétichisation du don, de la fétichisation surtout. Autrement dit, du don et du reste (culture, cuuuuuuuuuultuuuuuuuure), devenus marchandise :

« Marx, écrit Adorno, définit le caractère fétiche de la marchandise comme la vénération de ce qui s’est fait soi-même, de ce qui, comme valeur d’échange, s’est aliéné aussi bien de son producteur que de son consommateur, c’est-à-dire l’homme ».

Adoration et vénération de l’objet, de la chose, de la marchandise, qui sépare l’homme de lui-même, vénération davantage investie dans l’objet que dans l’homme. Objet ici pensé et vécu comme la chair de la chair, comme organe propre au corps et à la pensée, comme construction sociale et psychologique, comme construction radicale de l’homme, du soi.

Aussi, le travail pensé en termes « modernes » de production d’objets, puis de services (peut-être viendra la production du vent !), est-il également l’oubli de l’homme du point de vue de ce qu’il est. Confrontation hystérique et historique entre l’être et l’avoir, bataille décisive qui voit la victoire sans bavure de l’avoir sur l’être.

« Une conséquence immédiate du fait que l'homme est rendu étranger au produit de son travail : l'homme est rendu étranger à l'homme. ».

Il balance ce bon gros poilu de Karl M. et sans plus de complexes que ça. Merci aux libéraux pur jus de me balancer leurs contre-arguments, leurs insultes et leur insuffisance.

Il faudra ajouter, que l’homme au sens de Marx, reste parfaitement familier et connaisseur de TOUT... Sauf de lui-même, à savoir qu'il est à l'écoute de toute matérialité fétichisée. Pas cool. Freud n'aurait pas dit autre chose !

Le slogan serait donc : tout sauf l’homme. Voilà à quoi, au fond se réduit la logique du fétiche. À savoir : passer sa vie à chier (c’est matérialisable jusqu’aux effluves), baiser (d’aucuns et d’aucunes ne le firent, ne le font et ne le feront que pour s’assurer qu’il ne disparaîtront pas après leur propre mort, matérialisation du désir et, surtout, de la peur d'y passer), éructer, vomir (z’y vas, touche tes glaires !), tomber malade (avec la culpabilité que cela suppose vis-à-vis de la hiérarchie bouffonne structurant ce monde-ci), bouffer (à s’en faire péter le bide), vider (ben… la vessie !), remplir, jeter, prendre, acquérir, acheter, s’approprier.

Adorer la propriété. Le fétiche par excellence...

Adorno :

- « Ce qu’il y a de mystérieux dans la forme-marchandise consiste donc simplement en ceci qu’elle renvoie aux hommes l’image des caractères sociaux de leur propre travail comme des caractères objectifs des produits du travail eux-mêmes, comme des qualités sociales que ces choses possèderaient par nature (…). ».

Loo
:

-
Putain, comme tu te la racontes à mort, t’as pété un plomb mec. Tu veux dire que, par exemple, ma hyper chaîne stéréo que je me suis payée à l’insu de ma sueur et de la gonzesse qui motivait c’te tuerie de sono, c’est un truc qui veut dire que j’le vaux bien aux yeux de la meuf et des miens mais pas au sens de ma vie ? T’es gueudin ou quoi ?

Adorno :

- Simpliste et réducteur, mais en gros c’est ça. Pis d’abord, c’est pas avec vos yeux que vous voyez . C’est même pas les vôtres d’ailleurs, bande de dégénérés. Ceux du corps social...

Loo :

- C'est la même chose, c’est bon, me fais pas la leçon.

Adorno :

-
Et puis il s’agirait moins de ta vie que de la connaissance que tu en as, pauvre crétin, des choix que tu fais dans l’orientation que tu lui donnes, des vénérations qui sont les tiennent car tu n’es rien d’autre qu’un iconolâtre. D’ailleurs, la preuve : tu m’adores, bouseux que tu es.

Loo :

-
Tu me traites ! Vas-y, joue sur les mots, tout ça pour avoir raison et la jouer subtil. Va niquer ta mère.

Adorno :

-
Allez, du balais, vermisseau, pas qu’ça à foutre moi ! »

Bon, j’me barre, on peut pas discuter avec ce genre de mecs.

Et voilà ce que précise mon très cher (et gros enculé, p’tain comment y m’a parlé ce con) Adorno :

« Le consommateur adore vraiment l’argent qu’il a dépensé en échange d’un billet pour le concert de Toscanini ».

La Kultur surfant sur les pentes glissantes du libéralisme, qui ne se gêne pas pour faire des objets de l’art des biens de consommation (culturels, mais faut-il le préciser ?), pousse son « consommateur » à aimer l’argent qu’il dépense à s’acheter sa condition et son rang avant même de penser à l’art… Et ça marche !

La voilà la plus-value culturelle. Point de flacon, tout juste l’ivresse des biftons encore chauds qui glissent entre les doigts et qui ne sont rien d’autre que le frisson d’un faire valoir plutôt que d’un faire être.

La valeur d’échange prive de la valeur d’usage. C’est le prix à payer de l’oubli de soi pour se produire une valeur qui a si peu à voir avec l’homme et, surtout, avec sa misère congénitale, avec sa condition.

Nouveau fétiche : la modernisation : elle vise à ringardiser tout point de vue en désaccord avec le sien. Pourtant, la modernisation est un retour aux fondamentaux, aux valeurs les plus conservatrices. Elle impose qu’on laisse choir ces « combats d’arrière-garde » (qui consistent à préférer l’homme envers et contre tout) au profit de la vénérable croissance et d’une conception du mieux-être individuel dont bénéficierait le collectif. Et ça n’a pas vraiment l’air de fonctionner!

Continuons donc à faire valoir et à se faire valoir plutôt qu’à valoir réellement. Hein que c'est vrai, Théo ?

Loo

mardi 15 mai 2007

Le "don": un fétiche


"Contrast" by Loo




Les définitions pullulent et s’accoquinent parfois avec tant de contradictions qu’il en devient difficile d’y voir clair. Les écrits sur la question sont prolixes, à commencer par la théorie de Mauss, plus sociologique, d’ailleurs, que psychologique et moins encore existentielle. « Le risque du don maussien - donner, recevoir, rendre - est d'être entendu sur un mode simplifié, positiviste » écrit Jean-Jacques Tyszler.

La théorie du don et du contre-don à l’heure de l’Homo Consumptor, Mauss le note lui-même ne suffit pas absolument à penser le don comme il se propose aujourd’hui, à l’heure de la rationalisation marchande de la donation, voire de la mercantilisation de la donation de soi :

"Libenter accipit, beneficium reddidisse" (Sénèque)- bien recevoir (de bonne grâce, de bon coeur, en sachant gré à l'autre) c'est d'avoir rendu le bienfait. Cette approche n’a plus de sens au regard de ce que devrait être le don. Mais, au contraire, elle n’en eut jamais autant face aux sousbassements psychologiques produit par le rapport au monde du tout puissant néo-libéralisme économique. La magie de l’argent n’a, en effet, jamais été aussi puissante. Interprétation réactualisée : point de don mais à la place un achat sonnant et trébuchant. On ne donne plus, on investit peut-être. Et par là on s'achète une bonne conscience, on s'octroie par le don un droit pas très légitime sur autrui, on oblige l'autre... Et on se débarrasse de l'horreur du don de soi, d'une forme de relation désintéressée. Une relation est toujours intéressée, au moins au sens noble. Certes. Personne ne le niera. Cet intérêt là revêt une certaine beauté lorsqu'il se nomme amitié, amour... En attendant, il reste que le don conçu par l'homme post-moderne est animé par des mécanismes souvent aliénants dont les ressorts inconscients et le ressentiment qui l'accompagnent parfois ne rassurent guère.

Ainsi, le "bien recevoir c'est d'avoir rendu" est utilisé avec profit par ces veaux de marketteurs pour montrer la voie à ces vaches "consum-cit" (consommateurs citoyens). À préciser, cette évidence latine où "consommer", étymologiquement, n’est rien d’autre que "faire la somme", "accumuler". Pas même besoin de savoir compter, soit-dit en passant, pour faire cette somme là.

Du capital et du consommateur le nourrissant, il faut aussi faire la somme. Et le don devient l’un des arguments d’excellence pour décomplexer l’acheteur ou pour l'enjoindre à s'endetter. Même lorsqu’il s’agit de "dons" rétrospectivement destinés...à lui-même. Ainsi donc, des chèques cadeaux auto-destinés ou pas (cela revient finalement au même), des soldes, du prix le moins cher affiché en couleur chaudes mais franches pour prévenir de la générosité « gratuite » dont il est fait preuve. Il s’agit bien de vendre, de draper du don pour mieux se vendre. Et, de fait, acheter et vendre, c'est aussi s'acheter et se vendre.

Quand il s'agit du don fait à autrui, la transaction ne prendra sens que dans l’idée que se fera le destinataire du don, de la valeur marchande de l’objet reçu. C’est même à cette valeur qu’il s’évaluera et qu'il fixera le prix de la "passe"! A l'opposé celui qui "donne" achète bien quelque chose. Le rapport acheteur-vendeur existe bel et bien dans la mécanique du don. Si économie il y a, il faut parler d'économie de marché. On en revient , au fond, au couple don et contre-don.

Fait intéressant, pour sortir la valeur "Don" du donnant-donnant et du chantage. Il provient du psychanalyste Jacques Tyszler. Il défend, certes, son bifteck. Il faut bien! La psychanalyse peine à conceptualiser ce qui s’opère déjà depuis longtemps. Reconnaissons pourtant à ce monsieur de l’illustrer, non par l’analyse historique mais par celle des mécanismes animant sa propre discipline :

« La psychanalyse comme praxis ne relève pas d'une économie du Don, pas au sens où la médecine classique légitime son action par son serment sacré. Il y a un déplacement qui peut résider dans le courage de ne pas donner » Jacques Tyszler.

Il est sympa le gars. Sauf que le serment d'Hyppocrate, il est un peu cramé quand il s'agit de s'entretenir entre spécialistes se refusant à soigner des patients couverts par si peu lucrative CMU. Peu importe ce qui est intéressant ici : "le courage de ne pas donner"! Il faut d'ailleurs le payer cher notre bon vieil analyste.

Du courage, il en faut, du moins pour ne pas donner et recevoir de manière ostentatoire et dans des logiques ou le don est à consommer sans modération et sans se préoccuper des poisons qu'il contiendrait. Poison et contre-poison.

Il donne un exemple symboliquement décisif quant au sens du don :

« Un jeune patient, musicien talentueux se plaignait du peu de générosité de son père. Ce dernier refusait obstinément de l'aider financièrement alors que sa situation sociale l'y autorisait, il ne donnait rien. Ce père, musicien également, avait eu pour père un maître hassidique. Ce patient retrouva à ma demande les linéaments devenus obscurs d'une transmission où le don n'est pas matérialité. Il se rappelle des moments brefs mais décisifs durant lesquels son père lui transmit le talent qui désormais fait sa vie. Le don pour la musique ne peut-il suffire comme cadeau de la vie ? »

Cette illustration est assez parlante et met en relief l’idée selon laquelle le don ne peut en aucun cas s’interpréter en termes d’utilitarisme, de simple matérialité, d'instrument pour produire finalement, chez celui qui reçoit, la pression du Don toujours déjà Dû et à rendre, donc. La dette. Plutôt que de don, il faudrait parler de prêt. Et en ce sens, le travail à accomplir est bien de se dégager de toute forme d’immixtion de l'autre en soi par le biais d'un don qui n'en aurait que le nom. Car le don ne se présente pas dans le style pompier des fêtes de Noël. Il arrive même que l'on passe à côté, voire à côté de celui que nous faisons nous-même à autrui et à soi-même.

Il faudrait donc repousser au plus loin les "puretés" familiales et autre, les générosités mitées qui ne consistent qu'à se faire valoir quand on ne se sent pas valoir grand chose. Le don, chose bizarre, qui puise dans l'idée inattaquable de gratuité et d'abnégation pour, en réalité, s’acheter ou se racheter une place de choix dans le cerveau de celui qui reçoit (supériorité de don sur le prêt). C'est-à-dire, également, se payer une présence. Et par là même -ah "sacrés proches"- s’offrir le luxe de l’ingérence dans l'intimité de celui qu'on veut enchaîner ou auquel on veut s'enchaîner. Le sacrifice présenté comme don n'est pas gratuit, sauf cas rares et liés à des contextes historiques sombres.

Cela se résume finalement en une radicale nietzschéade sur la confiance à rapporter au don :

« Contre les familiers. – Les gens qui nous donnent leur pleine confiance croient par là avoir un droit sur la nôtre. C’est une erreur de raisonnement ; ces dons ne sauraient donner un droit ». Nietzsche, Humain trop humain, I, §311.


Loo



jeudi 10 mai 2007

Ptéropsychologie présidentielle

"Dove in nature" by Tibarama



Le citoyen a fait son devoir. À l’ancienne ou non. A la missionnaire, en levrette... 77 villes expérimentaient le vote électronique. De Villiers n’a d’ailleurs pas ramené sa fraise déconfite. Le citoyen s’en est bien passé et le rituel eut lieu sans encombre. Avant ou après icelui (le rituel) il a pu s’adonner à ses manies dominicales. La ballade familiale du sédentaire plutôt qu’une bonne partie de jambe en l’air, le programme aberrant du sport de la première chaîne plutôt qu’un footing tout aussi aplatissant, une partie assainissante de tennis plutôt qu’une méditation "polluante" sur l’être, l’oubli rassérénant d’un bon programme plutôt que « l’horreur » récérébrante d’une quête de soi.

Dès 17 heures, ce 6 05 2007, date historique, les choses sont fixées. L’écart est trop important pour que le doute reste possible.

Ceux-ci débouchent le champagne, promettant aux autres des lendemains qui déchantent en trinquant à l’avènement de leur propre richesse et d’une France qui mettra des coups de pied au cul de l’autre France, tandis que ceux-là se morfondent en un marasme encore plein d’espoir se promettant de se mettre en situation de rébellion pour protéger leur cul propre si la tendance se confirmait.

A 20 heure, Nicolas Sarkozy est consacré.

Les discours s’enchaînent rapidement, Royalement. Le (la) vaincu(e) s’affiche en meneur(se) de révolutions (parlementaires) à venir. Le vainqueur, très hollywoodien, le fait sur un registre similaire, faussement humble et se la pète péplum encostumé. Les pauvres, les riches, les malformés, les vieux, les gauchistes et les fascistes formeront une France Une et unifiée à la pointe de la pure lame du glaive de l’espoir . C’est noté.

Et puis il faut se retirer. Le Président doit, du fait de sa gravité, « habiter » la fonction. Le voilà disparu, la meute journaleuse aux trousses. L’est où ? L’est où ? Quasiment deux jours avant que ne sorte le très symbolique « Paloma » bolloréen.

Il ne s’agira pas d’une colombe, mais d’un bateau, très gros quand il s’agit de ne transporter que quelques hommes. Peu importe. C’est une retraite. Une caverne flottante, un antre comme un autre, celui, surtout, de la sagesse, car la fonction l’appelle de ses vœux. Suivra un retour en Falcon. Paloma, Falcon, le bestiaire ailé est au complet. On vole déjà très haut.

Le « Falcon », une flèche dans le ciel, comme pendant du « Paloma », instrument de la retraite. Le « Falcon » ira vite et droit au but, le « Paloma », immaculé sur les flots purifiera par le temps, le silence et « l’absence ».

« Paloma » : la colombe. La culture judéo-chrétienne l’a identifiée au Saint-Esprit. Notre bon Président serait-il en bons termes avec Ce bon vieux ? Avec cette Paloma, fondamentalement symbole de pureté, de simplicité et de paix ?

Rappelons-nous : cette colombe qui, dans le Nouveau Testament apporte le rameau d’olivier à l’arche de Noé, un symbole de paix, d’harmonie, d’espoir, de bonheur retrouvé. Le voilà le bateau tout plein d'animaux, de peuple en perdition, de français malheureux!!! Paloma serait donc l'arche de Noé....

Et Bolloré qui, étymologiquement, signifie « buisson de laurier » !!!! Laurus nobilisSymbole de la Victoire. Que manque-t-il au tableau ? L’éros ! Car la colombe, dans ces aires culturelles qui sont les nôtres, pour être l’oiseau d’Aphrodite, est aussi la sublimation de l’instinct, l’accomplissement amoureux que l’amant offre à l’objet de son désir. Ainsi, Paloma est désir. Sarkozy DANS Paloma chercherait-il à se faire Désir, à s’identifier à une carcasse flottante ne sachant point voler mais représentant symboliquement le potentiel de la colombe aviaire?

C’est tentant. En attendant, cela fait beaucoup…

Récapitulons. Pureté, victoire, désir. Tout cela est dans Paloma. Bien que celle-ci soit submersible, il n’en reste pas moins qu’elle concentre autour d’elle, et avec l’aide de ce victorieux propriétaire, tout le refoulé du Sarkozy et de son désir. La colombe, cette pureté, ce symbolisme issu de la beauté et de la grâce volatile (…) effectivement caractérisé par son immaculée blancheur et par la douceur de son roucoulement.

Notre rutilant Président va susurrer… Il va roucouler… Il va dire son amour. Cinq années durant. Dix peut-être. Car l’amour aime aimer, aime durer, aime s’aimer.

Dans le ventre de Paloma, le Président est LA colombe et sa symbolique. Il est Paloma. Image de la féminité et de la virginité.

Voilà, à l’instar de ces belles que l’on appelait « mon âme », « ma colombe », Nicolas le Président se prépare en sa retraite à s’incarner comme âme du peuple… La « belle » du peuple.

La colombe est sociable et ne supporterait guère d’être rejetée, d’autant que son interlocuteur privilégié est, aujourd’hui, le peuple, sa maîtresse, c’est-à-dire l’Histoire.

En réponse à la fine tactique de la Colombe, le peuple peut alors tenter de se faire désirer, par les moyens qui seront les siens, en jarretelles ou en guêpière.



Loo


dimanche 29 avril 2007

Et tu ne seras pas un affreux…

"1 seconde de télévision", Djü








Perdu. C’est bien cela, perdu. Le verbe ne s’utilise plus que pour décrire l’absence de ce que l’on a possédé. Par opposition, par simple logique ou par éducation nous savons bien que l’on ne possède pas vraiment quoi que ce soit, mais ça ne change rien nous perdons quand même, et nous oublions bien vite que c’est nous que nous perdons. C’est qu’il faut tout consommer, tout consumer pour en éprouver l’essence, par évaporation, et alors nous pouvons croire que nous ne sommes pas perdus. Car on ne se perd pas sur les sentiers de la normalisation. On ne se perd pas, même si on va à l’autre bout du monde, non dans ce cas on se dépayse. On ne se perd pas, mais on perd clairement le sens du mot se perdre.

Perdu ? Comment se perdre quand on a un métier pour combler son identité. On est plus soi, on est un métier et à dire vrai cela suffit amplement à combler les vides dans les conversations. Il y a le TRAVAIL, pas nécessairement en accord avec sa vocation mais peu importe, on ne peut pas tout accorder comme un violon, et le travail c’est l’aplomb social qui permet de consommer « normalement », c’est le statut et la stature pour les plus élevés, pour vivre « normalement », même si ça n’est plus vraiment la santé qui prime. On ne peut être perdu quand des bornes aussi précises et inflexibles tracent si bien la route de la nature humaine, mieux encore de l’identité personnelle. Tu es ton travail, tu es TRAVAIL.

Perdu ? Comment se perdre alors que tout est évident, à commencer par le couple et l’amour. Et nous vivons une époque formidable ou il est enfin possible de tout avoir, des amants, une FAMILLE, une vie sexuelle épanouie, libérée et pour aller plus loin libérale à défaut d’être libertaire. L’éducation des enfants n’a jamais été aussi simple, pour preuve l’école ne s'est jamais aussi bien portée et cela ne pourra aller que vers l’amélioration avec la normalisation de l’enseignement, la pensée commune et libéralisation du système d'éducation. Télérama fait front contre la télévision c’est pour dire. Tu es couple parce que le couple est amour et que l’amour est FAMILLE.

Perdu ? Comment se perdre quand on a un drapeau et une terre. C’est simple comme être fier de soi. C’est simple comme être constitué par son pays, par sa nation, sa PATRIE. Ceux qui sont en dehors de cette constitution sont des étrangers. Bon sang ou sont don passés les Camus, Calaferte ou Pavese. Ou est passée la PATRIE de la différence. Ou est passée la PATRIE de l’étranger. Car on est étranger, toujours à soi, souvent aux autres quand ils disent non, quand ils oppressent, quand ils « norment ». Être étranger c’est accepter de ne pas toujours comprendre, mais essayer. Tu es pays, tu es drapeau, tu es nation, tu es PATRIE .

Enfin tu n’es rien. Si être travail, famille patrie c’est être, depuis des millénaires, ça se saurait. Réaliser ses actes, le fatum de chacun c’est essayer sans craindre d’échouer. C’est risquer, risquer d’être seul, risquer de se rappeler vraiment de ce que c’est de perdre et d’être perdu.


Djü



mercredi 18 avril 2007

Néomoralisme et vote utile

"Sky" by Tibarama


Les temps passés et pas si lointains focalisaient sur des constructions sociales dans lesquelles le travail, la sexualité et la famille pouvaient encore être la source de quelques raisons légitimes de sens et d’existence. Il s’agissait de cadrer, de moraliser les comportements bestiaux de la meute. Les temps récents ont perdu cette accroche, déjà merdique, en son temps. L’on pourrait penser qu’il s’agit là d’un progrès. La famille s’est désagrégée en une multitude de formes, le sexe est suffisamment débridé pour en considérer la dimension libertaire et libertine, le travail n’est plus une valeur dès lors que le chômage ou la précarité de l’emploi en constituent des données acceptables et nécessaires pour permettre à d'autre des salaires ou des parachutes équivalents à 2500 ans de smic.

Ainsi, la morale s’est déplacée. Ce qui, auparavant, restait dans l’ombre du politique s’est fait sa place au soleil dans le politique. Au point que le politique s’est accordé au diapason du moralisme le plus désuet pour le bien des vues économiques les plus libérales et les moins humaines. Pour le renouveler ! Voici donc revenir à grands frais la valeur travail, la famille et la sexualité dans les programmes politiques. Valeurs ou propagande?

La "morale" nouvelle est enfin arrivée. Reste à savoir si c’est le boulot du politique que de s’occuper de ces questions. L’Eglise serait-elle à ce point affaiblie qu’il faille lui redonner du corps ? Ou le politique serait-il à ce point vidé de sa substance qu’il lui faille pomper au religieux des contenus douteux ? A moins qu’il ne s’agisse que de vues électoralistes et stratégiques. Voter utile ! Pour des valeurs éculées qui ne brillent que par leur vacuité ?

Il ne faut pas plonger en pleurnichard coupable et effarouché dans des "utilités" instrumentalisées sans vergogne et contre l'idéal démocratique par des hommes et des femmes moins préoccupés par la Fraaaance (rajoutez les trémolos et le drapeau) que par la griserie du pouvoir. Il ne faut pas accepter la confiscation de ce qui reste de liberté, à savoir, le vote. Il ne faut pas se laisser moraliser à si bon compte. La peur ne peut servir d'argument politique et l'infantilisation du citoyen qu'il faut tenir par la main jusqu'au bouton de la machine à voter est une insulte à l'intelligence. Comment peut-on décemment choisir la logique du moins pire, quand elle se constitue elle-même, cette logique, d'une dose, même légère, de ce pire dont on nous rebat les oreilles histoire de faire en sorte que l'élection soit jouée au soir du premier tour?

Il faut voter, sans stratégie, pour qui représente au mieux les idées qui sont nôtres, pour qui correspond à nos luttes et à nos aspirations les plus profondes, il faut dire merde aux néomoralistes sans morale. Et cela en toute responsabilité, avec les risques que comporte cette responsabilité vis-à-vis de clowns se faisant passer pour des rebelles à la botte de valeurs imbaisables, nauséabondes, dès lors qu'elles sont la version la plus franche et la plus visible de ce que veulent faire passer en douceur les néomoralistes en quête de peuple, en quête de voix, en quête de pouvoir. Pauvres cons, ils sont de n'avoir saisi ce qui se jouait en 2002! La même sauce est resservie et Le Pen reste bien placé dans les sondages. N'y a-t-il pas un problème? La Français sont-ils viscéralement fachos? Ce qui est certain, c'est que le PS n'a jamais si fort fricoté avec avec les concepts de l'économie de marché et avec les conceptions droitistes de la patrie, du travail, de la famille et des délires sécuritaires de ces dernières années. Fatum sera inutile, comme toujours, se destinant sans visées, en route vers une destination inderminée, creusant un sillon qu'il recroisera peut-être.

Loo